Compte-rendu du conseil d’administration du l’université PSL du 25 juin 2026

En plein canicule, le conseil d’administration de l’université PSL s’est réuni le 25 juin 2026 dans la salle climatisée Raymond Aron de l’université Paris-Dauphine. Pour l’occasion, le CA s’est déroulé en hybride. Même si nous avons réussi à atteindre le corum, ce CA ne fut pas le plus peuplé.

Dans ce compte rendu, nous ne rendons compte que des points qui nous semblent intéressants et sur lesquels nous avons des éléments à partager. Si le président  El Mouhoub Mouhoud (EMM) semble vouloir ouvrir davantage un dialogue plus franc avec les élu·es du conseil d’administration que ne le faisait son prédécesseur, les discussions qui se déroulent dans cette instance gardent un format très contraint : nos interventions sont largement majoritaires ; le président et les représentant·es de l’administration sont quasiment les seul·es à répondre, les président·es d’établissement faisant surtout de la figuration.

Points d’information

Le CA a commencé par quelques points d’information. Nous avons appris que quatre établissements sont en voie d’intégration : les Beaux-Arts, la FEMIS, le conservatoire nationale, et ?? (nous avons oublié, désolé. Se reporter au CR officiel pour plus de détails). Ces établissements doivent choisir d’ici 2028 s’ils souhaitent ou non intègrer définitivement PSL.
Ce point fut également l’occasion de prendre conscience de l’énergie déployée par le Président pour développer des diplômes « PSL-centre » via le développement rapide de « School of… ». Ces diplômes qui ont vocation à améliorer la visibilité internationale des établissements membres en proposant des formations que chaque établissement membre ne pourrait porter seul. Ainsi le président a présenté la création prochaine d’une Paris Schools of arts et d’une Paris Schools of humanities sur le modèle des bachelors et des masters internationaux. Ainsi, PSL en tant qu’université monte en puissance sur les fondements d’une politique d’excellence internationale. Il va nous falloir rester vigilant sur ce sujet qui sera sans aucun doute problématique à plein d’égards.
Ce CA fut également l’occasion de présenter la manière dont la réforme du financement des université « 100 % COMP » (« contrats d’objectifs, de moyens et de performance ») sera appliquée au sein de PSL. Cela implique une remise en cause du principe de « Subvention pour charge de service public » qui permettait une certaine lisibilité budgétaire. Les établissements membres de PSL négocieront ensemble avec le ministère ce qui risque de renforcer l’échelon PSL dans la politique des établissements. Un gros sujet qui impactera à n’en pas douter les modalités de gestion très concrètes au sein de nos établissements.

Approbation de la lettre d’orientation budgétaire (LOB)

La LOB nous a également été présentée. Puisque c’est la mise en pratique budgétaire de la stratégie à laquelle nous nous sommes opposés, il est normal que nous nous opposions à cette LOB.
Nous avons cependant tout de même participé au débat (nous fumes d’ailleurs les seul·es). Nous avons interrogé le président sur les CPJ (Chaire de Professeur Junior) qu’il promeut (et ce depuis sa présidence à Dauphine) et notamment sur la circulaire de la DGESIP qui indique que « Toute CPJ pourvue en 2026 devra être gagée par le non-remplacement d’un départ d’enseignant-chercheur». Sur ce point, EMM nous a répondu que la lettre était erronée, qu’il n’y a en fait aucune injonction de remplacement. Il nous a assuré avoir en sa possession une lettre du ministre qui le garantit et qu’il l’a diffusé auprès de l’UDICE. Il nous a, au passage, ressorti sa marotte « les CPJ, c’est une création de poste ex-nihilo », et un nouvel élément de langage « c’est d’ailleurs un optimum de Pareto ». Ah, ouf, c’est optimal, donc on peut y aller !! A bien y regarder, on ne voit d’ailleurs pas en quoi c’est optimal. Un camarade de la CGT mathématicien nous a d’ailleurs fait la remarque que lors qu’il y a un monopole des ressources, cela peut tout à fait être un « optimum de Pareto » parce que transférer une partie des ressources à ceux et celles qui n’ont rien baisse le bonheur d’au moins une personne (celui qui avait tout). Continuons avec Wikipedia pour se rendre compte des principes de justice qui soutiennent nos gouvernant·es : « Par ailleurs, dans cette même situation, s’il devient possible de faire des changements qui augmenteraient le stock total de richesses de la société sans retirer de capital à cet homme, alors la situation n’est plus Pareto-optimale. Toujours dans cette même situation, attribuer un accroissement de capital dans la société à cet homme-là uniquement (au lieu de l’attribuer à ceux qui n’ont rien) recrée un optimum de Pareto. » Bref, des politiques de redistribution ne sont pas vues comme optimisant le bonheur dans cette optique. De plus, s’accaparer une augmentation des financements de l’ESR comme les établissements de l’UDICE le font depuis des années, c’est parfaitement optimal si cela se fait sans baisse du budget des autres établissements…
Puisque la LOB faisait mention des outils numériques, nous avons aussi interrogé la présidence sur sa politique relative aux systèmes d’information et notamment sur la nécessité selon nous de sortir du tout microsoft et d’office 365. Le directeur des systèmes d’informations nous a indiqué que la position actuelle est qu’on utilise ce qu’on a actuellement (c’est-à-dire O365). Il nous a aussi dit que même si le coût de transition est très élevé, ça ne veut pas dire qu’on le conservera tout le temps (mais attention aux coûts de « sécurisation » d’une politique d’internalisation nous a-t-on dit). Ces annonces semblent indiquer que ce n’est pas demain qu’on sera la veille d’une telle réorientation de la politique numérique de l’établissement…
Il y a eu 6 votes contres (dont nos 5 élu·e·s).

Approbation de l’amendement de la charte informatique de PSL-Siège

Là encore, il n’est à aucun moment mention de logiciels libres ou d’incitation à leur utilisation. Quelques articles posent d’autres problèmes. C’est exactement le type de document qui doit porter une volonté politique de s’extraire des mailles des GAFAM. Mais il n’y a pas une ligne à ce propos. Même le gouvernement fait mieux. C’est dire… Nous sommes intervenus en ce sens.
Il y a eu 8 votes contres (dont nos 5 élu·e·s).

Désignation des référent·es intégrité scientifique

Les deux référent·es intégrité scientifique qui se sont présenté·es aux postes sont Isabelle Saint-Martin, Historienne de l’art, directrice d’études à la section de sciences religieuses de l’École pratique des Hautes Études et François-Xavier Coudert, directeur de recherche CNRS à Chimie Paris.
Ces deux personnes n’ont pas pu venir, et nous avions deux modestes lettres de « motivations ». Malheureusement ces lettres ne contenaient pas d’orientation proposé pour ce rôle très important dans nos établissements. C’est un enjeu important, et il aurait intéressant de voir plus précisément comment il et elle envisageaient leurs missions. Nous sommes intervenus en ce sens.
Nous avons voté pour leur désignation, faite à l’unanimité.

Sur les offres de formation

C’est un point récurrent et cela fait plus de 5 ans nous demandons que les diplômes nationaux soient disjoints des diplômes de grands établissements auxquels nous nous opposons. Il a été répondu que l’administration n’allait pas faire cela car il nous propose un projet de formation, et c’est uniquement la cohérence de ce projet qui est à valider, pas les types de diplôme. Nous pensons bien au contraire que le type de diplôme fait partie de la cohérence ou non d’un projet de formation. Le président a été un peu plus sensible à notre demande, mais nous n’avons aucune garantie.
Il y a 6 abstentions (dont nos 5 élu·e·s)

Approbation de la modification de la charte du doctorat de PSL (intégration des usages de l’Intelligence Artificielle Générative)

Il ne s’agissait ici que de la validation de l’ajout à la charte sur les usages de l’IAG. Cependant, nous avons tout de même discuté le contenu de cette charte. Notamment, le passage « La poursuite de la carrière professionnelle souhaitée par la/le doctorante/doctorant doit être précisée le plus tôt possible. Il incombe au doctorant ou à la doctorante de se préoccuper de cette insertion post-thèse et de faire en sorte que son travail de thèse lui permette de lui ouvrir des opportunités professionnelles. L’équipe d’encadrement est là pour clarifier les ambitions professionnelles de la/du doctorante/doctorant, étudier leur faisabilité, conseiller la/le doctorante/doctorant et l’appuyer dans ses démarches. » nous semble problématique. Arrêtons de déplacer la pression à l’insertion sur le dos des doctorant·es qui ont toutes et tous bien conscience de l’état du marché du travail. D’ailleurs, l’allocation doctorale n’est qu’un contrat parmi d’autres. Ils et elles sont donc déjà sur ce marché.
Une personnalité qualifiée du monde industriel s’est opposée à notre vision libérale en expliquant qu’il n’y avait pas, en France, assez de doctorat, et que, surtout, les docteur·e·s n’étaient pas assez formé au monde « économique » et des entreprises. Il a asséné que sans une telle formation, on produit des docteurs qui ne sont pas employés et employables. Bref, une Nième remarque pour renforcer l’idée que le contenu des formations doit s’ajuster aux besoins des entreprises et que ce n’est donc pas à celles-ci de mettre en œuvre des politiques de formation conséquentes au moment de la prises de poste comme cela a pu être le cas par le passé.
Nous sommes aussi intervenus sur la formulation à l’usage de l’IAG en regrettant qu’il ne soit pas porté un regard un peu plus critique. Le président nous a proposé de mettre un point à un prochain CA pour mener la discussion sur le fond de cette charte, car ici, il ne s’agissait que de discuter de l’amendement. Nous serons vigilants sur ce point.
Nous avons cependant voté pour cet amendement qui a été voté à l’unanimité.

Plan de formation 2026 de l’école interne

Il nous a été présenté un bilan des formations de l’école interne (service mutualisé mais assuré par Paris Dauphine). L’offre est riche, et assez intéressante. Nous sommes de nouveaux intervenus pour demander que l’offre de formation incarne aussi une politique volontariste de déGAFAMisation et donc de mettre des offres autour des logiciels libres et des alternatives à Office 365. Nous avons aussi suggéré de rendre des formations obligatoires pour les personnes encadrantes (administratif ou académique), notamment sur les VSS et sur le harcèlement. Si les nouveaux et nouvelles entrantes sont souvent formées sur le sujet, les plus anciens ne le sont pas. Nous avons aussi indiqué que dans nombre de laboratoire, les directeurs/trices sont élu·e·s sans souvent de formation, notamment à la gestion de conflit, et que c’était sans doute une population à former aussi.
Sur la question des logiciels libres, le directeur des systèmes d’information a répondu qu’il entendait bien la problématique, et qu’il est d’accord pour réfléchir au sujet avec l’école interne mais qu’il semble difficile de trouver des formateurices.
Nous avons voté pour ce plan de formation, adopté à l’unanimité.

Point d’information sur le Sénat académique

Le président nous a annoncé que la deuxième session du Sénat académique avait élu Cédric Dalmasso avec 94 % des votant·e·s.
Cédric Dalmasso, ancien membre du conseil d’administration, a régulièrement accompagné les orientations portées par la gouvernance de l’université, nos positions diffèrent donc. Le président du Sénat académique est élu par ses membres — eux-mêmes pour partie élus et pour partie nommés — mais les candidatures sont préalablement déterminées par le président de l’université, de sorte que les sénateurs ne peuvent que voter pour le candidat retenu ou voter blanc. Dès lors que le droit de se présenter, indissociable du principe même d’une élection, n’est pas ouvert, il serait plus exact de parler d’une nomination soumise à ratification. Il est capital de réformer globalement l’université pour en faire réellement des espaces démocratiques.
Nous avons donc interpelé la présidence sur cette absurdité et manque de démocratie. Dans l’état actuel, cette instance est statutairement une caution faussement démocratique à la politique de gouvernance de la présidence et non un contrepoids constructif face à la présidence. Nous avons demandé à revoir les statuts aussi sur ce point.