La « démocratie » par… l’épuisement

Mardi 16 décembre 2025 a eu lieu le premier Conseil d’administration de la nouvelle mandature. Nous avons été élu·es pour continuer le travail critique de l’institution PSL débuté en 2020 au moment des discussions relatives aux statuts de cette super-structure de l’ESR au service de la politique d’excellence prônée par le ministère et relayée par l’Udice (dont PSL est un membre actif). 

Le CA de PSL est, comme de nombreux CA des établissements-composantes, construit de telle sorte que le débat et la construction démocratique des décisions stratégiques n’est pas l’objectif recherché. Celui de PSL est certainement un peu plus confiscatoire encore du fait de son organisation : l’équilibre entre les différents collèges qui composent le CA (le Directoire (17 personnes) et les élu·es (17, dont nous faisons partie) n’est que de façade et cela pour deux raisons. D’une part le Directoire se réunit systématique en amont des CA ce qui permet à ses membres de parler ensuite d’une seule voix. C’est ainsi que, durant la précédente mandature aucun dissensus au sein du Directoire ne s’est exprimé en CA. D’autre part, le collège des élu·es fonctionne à l’inverse : sa composition reflète la diversité de notre communauté et n’a donc aucune raison a priori de parler d’une seule voix. 
À ces 34 membres, viennent s’ajouter huit personnalités qualifiées (PQ) qui constituent le collège 3 du CA. Parmi ces huit personnalités, deux sont désignées par les pouvoirs publics locaux : une par la Ville de Paris et une autre par le Conseil Régional. Lors de la mandature précédente, le Président et le Directoire pouvaient s’appuyer sur le soutien inconditionnel de ces deux membres, qui étaient absentes de manière systématique mais sans pour autant oublier de donner procuration. Les six membres restants de ce collège sont désignés conjointement par les représentant·es des collèges 1 et 2 par vote au 2/3, l’écart entre le nombre de femmes et d’hommes ne pouvant être supérieur à un.

Après ces quelques éléments de rappel, voici ce qui s’est passé lors du premier CA consacré à l’élection de ces six PQ pour lesquelles nous avions un pouvoir de désignation. Le directoire nous avait fait les propositions suivantes : 


    – pour les femmes : 

  • Karine Revcolevschi  (EDF, ancienne de l’ENS)
  • Sandrine Treiner (siégeant dans le Conseil d’Administration précédent, Flammarion)

    – pour les hommes :

  • Julien Bargeton : (président de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine)
  • Jean-Luc Beylat (siégeant dans le Conseil d’Administration précédent, Président Systematic Paris-Region et ABG, ancien de Nokia et Bell-Labs France, désormais retraité)
  • Benoît Parizet (ancien de Dauphine,  responsable numérique dans les services publics, chez DOCAPOSTE)


Nous, les élu·es, avons tout d’abord été convoqué·es le 4 décembre pour nous faire voter le 6 décembre. Évidemment avec si peu de temps, et sans nous connaître au préalable, il nous était impossible de nous organiser pour proposer nous aussi des PQ et étudier les profils des PQ proposées par le directoire. Ainsi, nous avons demandé de décaler ce vote pour pouvoir travailler correctement. Cette demande a été appuyée par quasiment l’ensemble des élu·es. La présidence a entendu cette revendication et a décalé le vote au 16 décembre. Nous avons apprécié ce geste et cette écoute. 

Nous nous sommes donc attelé·es à la recherche de PQ. Les élu·es des listes Démocratie et intérêt général au cœur de PSL, l’élu de Sud éducation et les élu·es étudiant·es de la liste Union Étudiante, FEVE et CGT avons des objectifs et des professions de fois très proches. Il nous a donc été assez facile de travailler ensemble. Ce fut un peu plus complexe avec le reste des élu·es du collège 2 ce qui est évidemment bien normal vu la diversité des points de vue (voir à ce propos les différentes professions de foi). Nous avons tout de même réussi à majoritairement (10 élu·es) soutenir 5 noms : 

  • Lénaïg Bredoux (codirectrice éditoriale à Mediapart, responsable éditoriale aux questions de genre)
  • Arié Alimi (avocat, vice-président de la Ligue des Droits de l’Homme)
  • Matthieu Auzanneau (directeur de the Shift Project )
  • Serge Halimi (écrivain et journaliste, rédacteur au Monde Diplomatique)
  • Matthieu Niango (cabinet de la directrice de l’Unesco)


Malgré une majorité soutenant la liste proposée ci-dessus, la candidature de Romain Duboc (Veolia) a aussi été proposé (soutenue par 3 élu·es), mais nous n’y apportions pas notre soutien puisque les établissements membres ne manquent pas de partenariats avec des grandes entreprises… Ainsi, alors que le bloc du directoire est toujours homogène devant le CA (puisqu’ils et elles ont débattu en directoire en amont du CA des noms que nous avions proposé en amont), les membres élu·es ont directement affiché une hétérogénéité. Parler d’une seule voix nous aurait tout de même permis de peser un peu davantage pour éviter la présence massive du secteur privé lucratif dans notre CA. 

Le président a évacué fermement la possibilité d’avoir un ou une journaliste dans le CA : il a argumenté qu’on avait, à PSL, des formations de journalisme, et donc que nous n’avions pas besoin de cette expertise, qu’il y avait des conflits d’intérêt possibles, et que les échanges en CA pouvaient être confidentiels. Nous ne partageons pas cet avis comme nous l’avons exprimé lors de la séance. Une telle candidature nous aurait été toutefois bien utile pour réfléchir à la place de la science dans la société et la production d’une opinion publique éclairée dans un contexte où la désinformation croit.

Le Président a également évacué, au nom du Directoire, la candidature d’Arié Alimi, avec un argument similaire : il possède des compétences juridiques qui sont présentes dans PSL. L’argument des compétences est ici encore fallacieux puisque, comme nous l’avons précisé, c’est surtout son implication dans la vie associative et la lutte pour défendre les libertés publiques (dont les libertés associatives et d’expression) qui a motivé notre proposition. Mais cette candidature apparaissait bien trop clivante aux yeux du Directoire, qui n’a néanmoins pas clairement précisé en quoi consistait cette ligne de clivage. Le référé-liberté déposé, parmi d’autres organisations, par la LDH (dont A. Alimi est un membre reconnu) contre l’annulation du colloque « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », prévu les 13 et 14 novembre 2025 au collège de France n’y est peut-être pas pour rien. Nous n’en saurons pas plus. On vous laisse interpréter cette non-élection en regardant son profil et son parcours d’une intégrité remarquable.


Le CA officiel a commencé à 10h sans savoir a priori ce qu’allaient être les résultats. 
Le premier tour a révélé que seule la candidature de Matthieu Niango faisait un large consensus puisqu’il a récolté 24 voix  pour (dont les nôtres), 3 contres et  7 abstentions. Toutes les autres candidatures n’ont pas obtenu la majorité des 2/3 requise. 

S’en sont donc suivis de nombreux tours de vote pendant… 4h ! En effet, le vote se faisant au 2/3 des membres du CA et candidature par candidature jusqu’à que l’on ait le nombre de personnes attendu, rendant quasi impossible une entente sans accord préalable (que nous avons plusieurs fois proposé au président, sans succès). Le président a de nombreuses fois cherché à écourter le vote en souhaitant ne garder que les personnes qui avaient le plus de vote « pour » (même sans avoir passé la barre des 2/3). Nous, élu·es signataires de ce CR, avons refusé à chaque fois, laissant les mécanismes de vote s’ajuster. Notre objectif était d’obtenir trois noms parmi la liste des PQ proposées par la majorité des élu·es (donc sans Romain Duboc). 

Par épuisement, quelques un·es ont cédé (nous ainsi que les étudiant·es précédemment mentionné·es n’ayant pas évolué sur nos positions durant le vote) et ont soutenu des PQ du directoire et, finalement, au bout de quatre tours de vote, les personnes suivantes ont été élu·es : 

  • Karine Revcolevschi  (EDF, ancienne de l’ENS), au 2e tour
  • Sandrine Treiner (siégeant dans le conseil d’administration précédent, Flammarion), au 3e tour
  • Matthieu Auzanneau (directeur de the Shift Project ), au 2e tour
  • Matthieu Niango (cabinet de la directrice de l’Unesco), au 1er tour
  • Jean-Luc Beylat (siégeant dans le conseil d’administration précédent, Président de Systematic Paris-Region et ABG, ancien de  Nokia Bell-Labs France, désormais retraité), au 3e tour
  • Romain Duboc (Veolia), au 4e tour


Si nous comprenons les réticences à faire élire un·e journaliste, nous regrettons fortement le manque de consensus parmi les élu·es et le directoire sur le nom d’Arié Alimi. Celui-ci aurait pu nous accompagner dans une réflexion sur les libertés académiques qui s’avère nécessaire non seulement à l’heure où celles-ci font l’objet d’attaques de plus en plus récurrentes et cela au sein même des établissements de PSL, mais aussi en vue du paysage politique, qui vire de plus en plus à droite, et des élections présidentielles à venir. Nous sommes toutefois heureux d’avoir pu faire élire Matthieu Auzanneau et Matthieu Niango, qui nous semblent des profils intéressants pour ouvrir le CA à une diversité de point de vue. 

Voilà pour un premier compte-rendu de nos actions au CA de PSL ! 

Ces 4h de votes et 5h de réunions ont été éprouvantes mais nous avons tenu le cap ! Si nous regrettons de ne pas avoir réussi à obtenir une plus pleine reconnaissance du projet que nous proposions de porter pour PSL au travers des candidatures que nous avons soutenues, nous sommes néanmoins satisfait·es d’avoir obtenu la possibilité d’avancer ensemble, avec une majorité des élu·es, dans la formulation de ce projet et d’avoir témoigné, par nos votes, de notre attachement à une autre vision de l’Université.